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zkRollups en 2026 : zkSync, StarkNet, Linea face à l'EVM-compatibility et aux frais

zkRollups en 2026 : preuves de validité, EVM-compatibility zkSync Era, StarkNet, Linea, Polygon zkEVM, frais après EIP-4844 et cadre MiCA pour la conservation.

Avertissement : cet article propose une analyse technique et réglementaire à visée informative. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni un conseil juridique opposable. Le paysage des Layer 2 Ethereum évolue rapidement, sous l’effet des roadmaps des équipes et des décisions de l’AMF, de l’ESMA et de la Banque centrale européenne. Vérifiez chaque donnée chiffrée avant toute décision opérationnelle.

Les zkRollups ne sont plus une promesse de recherche en 2026 : zkSync Era, StarkNet, Linea et Polygon zkEVM hébergent désormais des milliards de dollars d’activité DeFi avec des frais proches de zéro. Comprendre leur fonctionnement, leur degré de compatibilité EVM et leurs limites de gouvernance est devenu indispensable pour tout investisseur et toute entreprise structurant une exposition Ethereum.

Architecture des zkRollups : preuves de validité contre fraude

Un zkRollup est une Layer 2 Ethereum qui regroupe des milliers de transactions en un seul batch publié sur le mainnet, accompagné d’une preuve cryptographique de validité. Cette preuve, généralement un SNARK ou un STARK, atteste mathématiquement que la transition d’état proposée par le séquenceur respecte l’ensemble des règles de l’EVM, sans qu’Ethereum n’ait à rejouer la moindre opération. La validation sur L1 se résume à vérifier la preuve, opération dont le coût en gaz est très inférieur à celui de l’exécution complète des transactions.

Cette différence d’approche avec les optimistic rollups explique la majeure partie des arbitrages techniques. Là où Arbitrum, Optimism et Base supposent que les batchs sont valides par défaut et laissent une fenêtre de sept jours à n’importe quel observateur pour soumettre une fraud proof, les zkRollups apportent la preuve mathématique dès la publication. La conséquence pratique est un retrait vers L1 quasi-instantané, là où les optimistic rollups imposent un délai de contestation de sept jours documenté dans notre guide des Layer 2 Ethereum Arbitrum, Optimism et Base.

Le coût de cette propriété tient à la génération des preuves. Produire un SNARK ou un STARK consomme des heures de GPU haut de gamme, ce qui impose une infrastructure de provers spécialisée et un délai de quelques minutes à plusieurs heures entre la confirmation soft sur L2 et la finalité dure sur L1. Les équipes de zkSync Era, StarkNet et Polygon zkEVM publient des dashboards de latence prouvée sur growthepie.xyz et l2beat.com, deux références consultées par les opérateurs de marché.

EVM-compatibility : classement des zkRollups selon Vitalik Buterin

La compatibilité avec la machine virtuelle Ethereum est un sujet plus subtil qu’il n’y paraît. Vitalik Buterin a publié en 2022 une classification en cinq niveaux qui reste la référence en 2026. Le type 1 désigne une équivalence parfaite à Ethereum, sans aucune modification : aucun zkRollup ne l’atteint encore en production, le projet le plus avancé étant Taiko. Le type 2 désigne une équivalence EVM complète au niveau du bytecode : un contrat Solidity se déploie tel quel, les opcodes se comportent à l’identique, les hashes Keccak sont préservés. Linea, Polygon zkEVM et Scroll revendiquent ce niveau.

Le type 3 désigne une compatibilité presque complète, avec quelques opcodes non supportés ou modifiés pour des raisons de performance de proof. Le type 4, occupé par zkSync Era, transforme le Solidity en un bytecode propriétaire via un compilateur dédié : la plupart des contrats fonctionnent sans modification, mais certains opcodes comme CREATE2 ou EXTCODECOPY se comportent différemment, et les hashes d’adresse ne sont pas identiques à ceux d’Ethereum L1. Le type 5, enfin, rompt avec l’EVM : c’est le cas de StarkNet, qui expose un environnement Cairo et un modèle de comptes radicalement différent.

Pour un développeur Solidity, le passage à Linea ou Polygon zkEVM est immédiat : Hardhat, Foundry, Remix et les bibliothèques OpenZeppelin fonctionnent sans modification. Le passage à zkSync Era réclame quelques ajustements mineurs documentés dans le portail développeurs du projet. Le passage à StarkNet impose une réécriture complète des contrats en Cairo, ce qui maximise la performance des STARKs au prix d’un effort d’ingénierie significatif. Le choix d’un zkRollup tient donc autant à la maîtrise de l’équipe technique qu’aux frais affichés.

Frais des zkRollups après EIP-4844 : zkSync, StarkNet, Linea, Polygon zkEVM

L’upgrade Dencun déployée sur Ethereum le 13 mars 2024 a introduit le format blob prévu par l’EIP-4844, un espace de données temporaires attachées aux blocs L1 dont le coût marginal est très inférieur à celui des calldata utilisés auparavant. Les séquenceurs zkRollup ont rapidement migré leur publication d’état vers ce nouveau format, divisant les frais médians par un facteur cinq à dix selon les réseaux.

En 2026, le coût médian d’un swap DEX sur zkSync Era, Linea ou Polygon zkEVM se situe entre 0,02 et 0,15 USD selon la congestion. StarkNet affiche des frais légèrement supérieurs, entre 0,05 et 0,25 USD, en raison de la structure de coût propre à la production de STARKs. Ces ordres de grandeur sont à comparer aux frais d’Arbitrum, Optimism et Base, dont la médiane se situe entre 0,001 et 0,01 USD, soit un avantage encore sensible des optimistic rollups sur les zkRollups EVM-compatibles. L’écart s’explique par le coût fixe de publication d’une preuve sur L1, qui ne disparaît pas avec les blobs.

La tendance reste néanmoins favorable aux zkRollups. La densification des batchs, l’optimisation des circuits cryptographiques et l’arrivée de Pectra prévue mi-2026, qui augmentera la capacité blob disponible sur Ethereum, devraient ramener les frais zkRollup au niveau des optimistic rollups d’ici fin 2026. Les dashboards l2fees.info et growthepie.xyz publient des séries chronologiques consultables par tout investisseur souhaitant suivre l’évolution réelle des coûts d’opération. Les frais sont par ailleurs un sujet de prix de revient pour toute entreprise PSCA qui exploite des smart contracts en production, et entrent dans le calcul d’opportunité d’un déploiement sur L2 plutôt que sur L1.

Sécurité, séquenceur et décentralisation : risques opérationnels en 2026

Trois grandes catégories de risques restent spécifiques aux zkRollups en 2026. La première concerne la centralisation du séquenceur. Sur la quasi-totalité des zkRollups actuels, un opérateur unique ordonne les transactions et publie les batchs sur L1. En cas de panne, de censure ou d’arrêt volontaire, les utilisateurs dépendent d’un mécanisme dit de forced inclusion qui permet de soumettre une transaction directement à L1, fonctionnalité disponible mais peu utilisée. zkSync et StarkNet ont publié des feuilles de route de décentralisation prévoyant l’arrivée de séquenceurs multiples et d’un protocole de consensus interne, mais le déploiement complet n’est pas attendu avant 2027.

La deuxième catégorie de risques porte sur la qualité du circuit cryptographique. Un bug dans le code Rust ou Cairo qui génère les preuves pourrait produire une attestation valide pour un état pourtant invalide, ce qui compromettrait la sécurité du rollup. Les audits récurrents par Trail of Bits, OpenZeppelin et Consensys Diligence sont devenus une obligation pratique, complétée par des programmes de bug bounty dotés de plusieurs millions de dollars. Notre dossier audit smart contract sécurité détaille la méthodologie attendue d’un audit sérieux.

La troisième catégorie concerne la dépendance aux provers. La production de SNARK et STARK requiert un matériel GPU spécifique et une expertise rare, ce qui crée une concentration physique des opérateurs de proof. En cas d’indisponibilité simultanée des principaux provers d’un réseau, la finalité L1 se trouve retardée sans que la sécurité ne soit directement compromise, mais les retraits vers L1 sont gelés le temps de la résolution. La marche vers la décentralisation des provers, via des mécanismes de marketplace ouverts comme RiscZero ou Succinct, constitue le prochain chantier structurant des équipes.

Cas d’usage des zkRollups : DeFi, paiements et conservation institutionnelle

L’écosystème DeFi sur zkRollups s’est densifié en 2026 autour de plusieurs protocoles. Sur zkSync Era, SyncSwap, Maverick et Velocore offrent des DEX comparables à Uniswap, et Aave a déployé une version V3 dédiée. Sur StarkNet, JediSwap et Ekubo expérimentent des courbes de liquidité optimisées pour les STARKs, et Nostra propose un protocole de prêt natif. Linea concentre des intégrations avec Lido et Pancakeswap, tandis que Polygon zkEVM bénéficie de l’effet de marque de l’écosystème Polygon historique. Les volumes restent inférieurs à ceux d’Arbitrum et Base, mais la croissance trimestrielle est plus soutenue.

Les paiements stablecoins sur zkRollups se développent grâce à la combinaison de frais marginaux faibles et de finalité L1 rapide. Circle a déployé son USDC natif sur zkSync Era, Linea et Polygon zkEVM, ainsi que sur StarkNet via un bridge canonique. La compatibilité avec MiCA, dont notre guide stablecoins ART et EMT MiCA cartographie les exigences, reste à la charge de l’émetteur Circle Europe, agréé en France auprès de l’ACPR en qualité d’établissement de monnaie électronique.

Pour une conservation institutionnelle d’actifs sur zkRollup, le règlement MiCA n’impose pas de restriction spécifique. Un PSCA agréé peut accueillir des positions sur zkSync, StarkNet, Linea ou Polygon zkEVM dans le cadre de son service de conservation pour autrui, à condition de documenter dans son dispositif opérationnel les modalités de gestion du séquenceur centralisé et la procédure d’urgence en cas de défaillance. L’AMF demande aux candidats à l’agrément un descriptif précis des chaînes prises en charge. Une trésorerie d’entreprise qui détient des cryptos sur L2 via un wallet multisig, comme décrit dans notre guide multisig Safe Gnosis pour trésorerie crypto, doit également documenter la résilience opérationnelle du réseau choisi auprès du commissaire aux comptes.

Implications fiscales et reporting pour les opérateurs français

Du point de vue fiscal, une opération réalisée sur zkRollup n’est pas distincte d’une opération réalisée sur Ethereum L1. Une cession de cryptos contre euros ou contre un autre actif fiat reste imposable au PFU de 30 % prévu à l’article 200 C du Code général des impôts pour le particulier non professionnel, et déclarée via le formulaire 2086, comme le précise notre dossier fiscalité crypto formulaire 2086. Une cession crypto contre crypto reste hors champ d’imposition tant que le détenteur ne sort pas vers un actif fiat ou un bien tangible.

Le suivi des opérations on-chain sur zkRollups requiert une rigueur particulière. Les explorateurs natifs zkSync Era, StarkNet, Linea et Polygon zkEVM exportent des historiques sous forme CSV, complétés par des agrégateurs comme Koinly, Waltio ou Cryptio. Pour une entreprise, l’historique alimente le fichier des écritures comptables, dont notre guide comptabilité crypto entreprise PCG précise les attentes du règlement ANC 2020-05.

Les comptes ouverts auprès de plateformes établies hors de France doivent être déclarés annuellement sur le formulaire 3916-bis, en complément du formulaire 2086 pour les particuliers ou de la liasse fiscale pour les sociétés. La doctrine BOFiP-Impôts sur les actifs numériques s’applique sans modification aux opérations L2, et les obligations de lutte anti-blanchiment supervisées par Tracfin restent intégralement applicables aux flux on-chain, quel que soit le rollup utilisé.

En conclusion, les zkRollups ne sont plus une catégorie spéculative en 2026 mais une infrastructure de marché à part entière. zkSync Era, StarkNet, Linea et Polygon zkEVM offrent des compromis distincts entre EVM-compatibility, performance et décentralisation, dont la maîtrise est devenue un préalable à toute exposition Ethereum significative. Pour les opérateurs français, le cadre réglementaire MiCA et la fiscalité française s’appliquent à l’identique des chaînes L1, mais la documentation opérationnelle exigée par l’AMF et le commissaire aux comptes croît à mesure que l’usage des Layer 2 se généralise.


Sources et références consultées : Autorité des marchés financiers, doctrine PSCA et orientations Layer 2 ; Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, agréments établissements de monnaie électronique ; Tracfin, ministère des Finances, obligations de déclaration sur opérations crypto ; BOFiP-Impôts, BOI-RPPM-PVBMC-30 sur les cessions d’actifs numériques ; Légifrance, Code général des impôts article 200 C sur le PFU des actifs numériques ; impots.gouv.fr, notice du formulaire 2086 et 3916-bis ; Trail of Bits, méthodologie d’audit smart contract et zkVM ; OpenZeppelin, bibliothèques et audits Solidity de référence ; publication de Vitalik Buterin sur la classification EVM-equivalence des zkRollups (octobre 2022) ; dashboards l2fees.info, growthepie.xyz et l2beat.com pour les séries de frais et de TVL.

Questions fréquentes

Quelle différence entre un zkRollup et un optimistic rollup en 2026 ?
Un zkRollup publie sur Ethereum une preuve cryptographique de validité, dite SNARK ou STARK, qui atteste mathématiquement que la transition d'état proposée par le séquenceur est correcte. La finalité L1 est quasi-instantanée, généralement comprise entre une et douze heures selon la cadence de soumission des preuves. Un optimistic rollup comme Arbitrum ou Optimism suppose au contraire que les batchs sont valides par défaut et laisse une fenêtre de contestation de sept jours pendant laquelle un observateur peut soumettre une fraud proof. Ce délai d'attente, indispensable à la sécurité du modèle optimiste, retarde mécaniquement les retraits vers L1. En contrepartie, la génération de preuves zk reste plus coûteuse en calcul, ce qui se ressent dans les frais fixes des séquenceurs zkRollup, légèrement supérieurs à ceux des chaînes OP Stack. Le choix entre les deux familles dépend du profil d'usage et de la tolérance au délai.
zkSync Era, StarkNet, Linea et Polygon zkEVM sont-ils vraiment EVM-compatibles ?
Les quatre réseaux ne se situent pas au même niveau d'EVM-compatibility. Linea et Polygon zkEVM revendiquent une équivalence dite type 2 selon la classification publiée par Vitalik Buterin : le bytecode des contrats Solidity se déploie sans modification, les outils Hardhat et Foundry fonctionnent à l'identique, et les hashes Keccak utilisés par Ethereum sont préservés. zkSync Era est de type 4 : son compilateur transforme le Solidity en bytecode propriétaire compatible avec un ZK-EVM, ce qui impose des ajustements mineurs sur certains opcodes peu utilisés et sur la gestion des comptes. StarkNet rompt avec l'EVM en exposant un environnement Cairo, langage spécifique optimisé pour les preuves STARK, ce qui maximise la performance mais impose une réécriture complète des contrats. Le choix d'un zkRollup dépend donc autant du langage maîtrisé par les équipes que des frais affichés.
L'EIP-4844 a-t-il aussi réduit les frais des zkRollups en 2026 ?
Oui, dans des proportions comparables aux optimistic rollups, parfois supérieures. L'upgrade Dencun déployée le 13 mars 2024 a introduit le format blob, un espace de données temporaires destiné aux séquenceurs L2 dont le coût marginal sur Ethereum L1 est largement inférieur à celui des calldata utilisés auparavant. zkSync Era, Linea et Polygon zkEVM ont rapidement migré leur publication d'état vers les blobs, divisant les frais médians par un facteur cinq à dix. StarkNet a suivi quelques semaines plus tard, après adaptation de son adaptateur de proof. En 2026, le coût médian d'un swap DEX sur ces réseaux se situe entre 0,02 et 0,15 USD selon la congestion, contre 0,30 à 1,50 USD avant Dencun. Les frais fixes restent supérieurs à ceux d'Arbitrum, car la publication d'une preuve sur L1 consomme du gaz, mais l'écart se resserre chaque trimestre avec l'optimisation des provers.
Un PSCA agréé MiCA peut-il proposer la conservation d'actifs déposés sur un zkRollup ?
Le règlement européen MiCA, dans son titre V, ne distingue pas Ethereum L1 des Layer 2 en termes d'obligations applicables à la conservation pour le compte de tiers. Un PSCA agréé qui propose le service de conservation peut donc accueillir des actifs détenus sur zkSync Era, StarkNet, Linea ou Polygon zkEVM, à condition de documenter dans son dispositif opérationnel les modalités de séquestre des clés, de bridge vers L1 et de gestion du risque de séquenceur centralisé. L'AMF, dans ses orientations préparatoires au passage en PSCA, demande aux candidats à l'agrément un descriptif précis des chaînes prises en charge, des procédures de sortie d'urgence en cas d'arrêt du séquenceur et de la gestion documentée de la latence de finalité L1. La conservation sur Layer 2 reste donc autorisée, mais soumise à une vigilance opérationnelle accrue, à un reporting régulier au superviseur et à une information claire des clients sur la spécificité du risque.
Quels risques techniques restent spécifiques aux zkRollups en 2026 ?
Trois risques méritent un suivi documenté. D'abord la centralisation du séquenceur : sur la plupart des zkRollups, un opérateur unique ordonne les transactions, ce qui ouvre un risque de censure ou d'arrêt prolongé. zkSync et StarkNet ont publié des feuilles de route de décentralisation, mais le déploiement complet reste partiel. Ensuite la qualité du circuit cryptographique : un bug dans le code Rust ou Cairo qui génère les preuves peut produire une attestation valide pour un état invalide, ce qui compromettrait la sécurité du rollup. Les audits récurrents par Trail of Bits, OpenZeppelin et Consensys Diligence sont devenus une obligation pratique. Enfin la dépendance à un prover spécialisé : les preuves STARK et SNARK sont produites par un nombre limité d'opérateurs disposant du matériel GPU adapté, ce qui crée une concentration physique du réseau dont les conséquences en cas d'indisponibilité restent à étudier.

Avertissement. Cet article est éditorial. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé ni une sollicitation. Les actifs numériques présentent un risque de perte en capital total. Vérifiez le statut PSAN ou CASP de tout prestataire avant d'agir et, en cas de doute sur votre situation fiscale, consultez un expert-comptable ou un avocat fiscaliste.

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